Pourquoi investir dans les Fintech ne suffit pas

Tout laisse à penser que nous traversons une phase d’extinction. Et ce n’est pas un phénomène incrémental mais bien une période de disruption massive.

 

Comme Stephen Bird, le directeur général de la banque de détail de Citi, nombreux sont les analystes craignant une perturbation profonde de l’industrie bancaire. Entrée des géants du web sur le marché, concurrence des nouvelles technologies, nouvelles régulations (notamment avec la DP2I), nouvelles habitudes de consommation, manque de confiance des consommateurs envers les banques établies; ce sont autant de bouleversements auxquels les acteurs traditionnels doivent faire face pour ne pas s’éteindre. Et la plupart d’entre eux relèvent le défi.

 

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La course aux Fintech

Les banques traditionnelles vont chercher l’innovation d’où elle semblerait majoritairement provenir : chez les Fintech, ces jeunes startups alliant finance et technologie.

 

Aujourd’hui, 80% des entreprises du secteur financier pensent que leur activité est exposée à un risque à cause des Fintech et c’est pourquoi 82% de ces mêmes institutions s’attendent à renforcer leurs partenariats avec celles-ci dans les 5 prochaines années (PwC, Fintech 2.0 de nombreuses opportunités pour le secteur financier, 2017). Ces partenariats peuvent revêtir différentes formes comme l’acquisition de startups, la participation actionnariale, le financement d’incubateurs ou encore la création d’incubateurs « maison ».

 

Mais l’objectif, lui, ne change pas : rester à la pointe de l’innovation pour survivre. Ces nouveaux acteurs requièrent des investissements forts pour s’implanter et faire face à des coûts d’acquisition clients élevés; et les banques traditionnelles, dépassées par les évènements, ont besoin d’innover mieux et plus vite pour garder leurs positions de leader – c’est un pari gagnant-gagnant ! BNP Paribas acquiert Nickel, Arkea acquiert Pumpkin et Leetchi, La Banque Postale KissKissBankBank, le Groupe BPCE Le Pot Commun, Natixis et Payplug. Les mariages se succèdent et les banques redoublent de générosité dans leurs investissements, alimentant ainsi le foisonnement de cette nouvelle industrie.

 

Une surenchère spéculative

Une question subsiste alors : ces investissements sont-ils rentables ? Comment miser sur le bon cheval – que l’on espère voir devenir licorne – dans cet écosystème en construction ? Dans la course à l’innovation, la spéculation semblerait prévaloir sur le pragmatisme.

 

Selon une étude d’Exton d’octobre 2018, les Fintech françaises « vivotent » : près de 60% des Fintech créées il y a plus de cinq ans n’atteignent pas encore le million d’euros de revenus. En cumulé, les entreprises du secteur auraient réalisé près de 800 millions d’euros de revenus en 2017 soit environ 1% du montant généré par l’industrie financière, ce qui reste très faible au regard du nombre de structures et des montants injectés.

 

Beaucoup d’étude s’alarment sur le manque de rentabilité de ces investissements, et cela paraît cohérent au regard des chiffres – pourtant, rien n’est plus normal ! En effet, ces études ferment les yeux sur la nature même des Fintech. Elles oublient que les Fintech exercent des activités à fortes incertitudes. Et c’est parce que les Fintech exploitent des activités nouvelles, de rupture, que leurs retours sur investissement sont intrinsèquement volatils et risqués. Il serait alors illusoire de vouloir mesurer la valeur uniquement à l’aune de la rentabilité. Il faudrait intégrer de nouvelles logiques de calcul qui prendraient en compte des éléments produits qui dépassent le simple revenu comme la connaissance produite.

 

Horse Chest Piece on Chess Board

Comment miser sur le bon cheval – que l’on espère voir devenir licorne – dans cet écosystème en construction ?

 

En effet, prenons le modèle de l’entrepreneur. D’après l’étude « Age and High-Growth Entrepreneurship » du National Bureau of Economic Research, l’âge moyen des fondateurs de startups qui réussissent est de 42 ans. L’entrepreneur n’en est alors plus à sa première tentative.

 

Ce succès cache bien souvent une succession de startups échouées au cours desquelles l’entrepreneur a produit une valeur non perçue : la connaissance. Cette ultime proposition n’est, en réalité, que la rétribution d’un apprentissage construit. L’entrepreneur échoue et apprend de ses erreurs pour réussir. De même qu’il serait vain de calculer une succession de rentabilités isolées pour ces startups, il est vain de calculer la seule rentabilité des investissements effectués dans les Fintech.

 

Une machine à apprendre pour pérenniser sa stratégie d’innovation

Mais voilà le problème : dans le cas des banques traditionnelles et de leurs poulains, les Fintech, la connaissance est incarnée par ce même entrepreneur. Il est porteur de l’innovation et celle-ci s’évanouit avec lui dans le cas d’un échec. Pour pérenniser et asseoir les gains d’une stratégie d’innovation basée sur les Fintech, les entreprises acheteuses doivent alors inscrire ce processus individuel à l’échelle de leur entreprise. Elles ont besoin d’une “machine à apprendre” pour capitaliser sur leurs expériences entrepreneuriales et intrapreneuriales et construire ainsi leurs capacités d’innovation.

 

Ce processus a été mis en place par Stim dans l’industrie, comme par exemple chez Technip, et commence tout juste à être appliqué au secteur bancaire avec le programme Internal Startup Call à la Société Générale.

 

Ce programme d’intrapreneuriat lancé en novembre 2017 avait pour objectif de faire émerger des projets intrapreneuriaux internes en rupture avec l’activité existante de l’entreprise, embryons de futurs produits et services, y compris des projets allant au-delà des services bancaires traditionnels.

 

Suite à l’appel à projets, 600 projets ont été proposés par des collaborateurs, 144 startups ont été invitées à pitcher devant les membres du Comité de direction le 16 février 2018 et 60 startups ont été retenues et lancées successivement dans des incubateurs partenaires.

 

internal startup call

Internal Startup Call – le programme d’intraprenariat qui applique la machine à apprendre

 

L’ampleur de ce projet et l’écrémage qui en résulte a rendu la problématique de la remontée de la connaissance d’autant plus prégnante. Etant consciente du caractère très incertain de l’atteinte d’un marché par ces jeunes pousses – et cela malgré l’investissement – la Société Générale a réalisé l’importance de tirer les apprentissages de ces aventures et de les passer à l’échelle de l’entreprise.

 

Tout au long de leurs succès et de leurs échecs, ces jeunes structures ont acquis sur un temps court des apprentissages qu’une entreprise de grande taille aurait mis des années à acquérir. Ces apprentissages portent sur de nouveaux partenariats, sur de nouveaux marchés, de nouveaux modes de travail.

 

 

>> Découvrez notre article « L’innovation passe par l’apprentissage » <<<

 

 

Après avoir encadré le programme d’intrapreneuriat, Stim travaille sur la remontée de cet apprentissage et sa transformation en capacités d’innovation. Un binôme créé sur un projet de startup pourra devenir une équipe très stratégique dans le groupe; tout comme des compétences en machine learning sur des algorithmes de pointe pourront venir donner un nouveau souffle à des projets centraux pour le groupe – indépendamment de la réussite de la startup en elle-même.

 

Organiser ses apprentissages permet à une entreprise de capitaliser sur ses actifs existants (compétences internes et externes, apprentissages terrains) et de structurer des pistes d’exploration où maximiser l’originalité et la valeur des solutions générées. La connaissance devient alors le terreau d’une stratégie d’innovation robuste et de long-terme.

 

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Intégrer une “machine à apprendre” à ses processus internes permet de réduire les incertitudes sur les investissements existants en maximisant leur valeur, de limiter les investissements superflus, et d’écrire une feuille de route pour guider ceux à venir. Recouvrer la pleine valeur des projets innovants et les inscrire dans le temps – ce n’est que par une vraie structuration de l’innovation par la connaissance que l’industrie bancaire pourra se réinventer.

 

 

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