IoT, usine 4.0… Que va changer l’industrie du futur ?

Le 11 décembre 2019, nous étions à l’Institut de la Réindustrialisation* pour un colloque organisé par l’Institut autour de l’industrie 4.0, ses enjeux et applications. Ce colloque a été l’occasion de nous questionner sur l’intérêt de l’industrie du futur, au-delà des buzzwords “IoT”, “automatisation”, et “robotique collaborative”.

 

Aujourd’hui, l’industrie française est en difficulté. Les chiffres du déclin industriel sont désormais massifs et incontestables : la contribution de l’industrie manufacturière au PIB qui était de 26% en 1978, n’est plus que de 10% en 2016. Sur la période 2006-2016, le secteur manufacturier français a perdu 27 300 établissements.(Source)

 

C’est dans ce contexte qu’est apparu le concept d’industrie 4.0. Dans quelle mesure ce concept permet-il de faire face au déclin industriel ?

 

Lors de la série de conférences “Enseigner l’industrie du futur” , Vincent Charlet, Directeur Général de la Fabrique de l’Industrie et Pascal Laurin, Directeur Industrie 4.0 de Bosch, apportent des éléments de réponse concernant les enjeux de l’industrie 4.0 et les résultats de sa mise en application.

 

3 points clés sont à retenir sur l’industrie 4.0 :

  • Chaque entreprise doit d’abord commencer par précisément définir les besoins auxquels elle souhaite répondre par le biais de l’industrie 4.0. 
  • Les technologies du futur délivrent leurs promesses lorsque le reste de l’entreprise (engagement et autonomie des équipes, maîtrise du lean manufacturing, etc.) fonctionne déjà bien. 
  • Si l’on pense l’Homme au centre de la transformation digitale, celle-ci interviendra comme un service complémentaire aux métiers, et non comme outil de remplacement. 

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Qu’est ce que l’industrie du futur ?

Né en Allemagne en 2011, le concept d’industrie du futur, ou industrie 4.0, correspond à un moyen de tirer profit des nouvelles possibilités offertes par la digitalisation et de l’automatisation des systèmes de fabrication. Dispositifs connectés, analytique avancée, impression 3D, nouvelles interfaces homme-machine, robotique extrêmement habile et flexible ; toutes ces technologies numériques orientent aujourd’hui la façon dont les entreprises produisent et distribuent les biens ainsi que les usages qui en sont faits.

 

les révolutions industrielles, industrie 4.0

Source : Université du Québec

L’industrie 4.0, une réponse ambitieuse aux GAFAM

Le colloque s’est ouvert par une intervention de Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l’Industrie. Selon lui, l’industrie 4.0 vient principalement en réponse à la montée en puissance des GAFAM et autres vecteurs de désintermédiation. En effet, en 2011, l’industrie allemande prend conscience que son principal concurrent n’est pas l’Asie, mais les solutions numériques qui risquent de menacer sa “machine-outil” en venant se placer entre elle et le client (une sorte d’uberisation de l’industrie).

 

Dans ce contexte, il est intéressant de se pencher sur l’exemple de Bosch, exposé par Pascal Laurin, Directeur Industrie 4.0 de Bosch dans la suite du colloque.

 

En 2008, Bosch prend conscience de l’importance de la transformation digitale. Dans un contexte de mondialisation et de désindustrialisation de la France, l’industrie 4.0 a été pour Bosch un levier puissant pour rendre les usines françaises plus compétitives, attirer les investisseurs et donc permettre leur survie.

 

| “L’enjeu de l’industrie 4.0 est donc de garder en vie nos usines en France et de les rendre plus compétitives, dans un contexte de mondialisation. Nous avons développé notre propre cloud pour être indépendant par rapport aux GAFAM.”

 

usine 4.0 Bosch

Une usine de Bosch au Mexique (Source)

 

En 2011, la vision du président du groupe Bosch était la suivante : “Tout produit Bosch devrait être connecté en 2020”.

 

Aujourd’hui, 85% de cet objectif a été atteint. Ceci a principalement été rendu possible grâce à une posture centrée sur les besoins du client et des usines ainsi que l’utilisation de nouvelles technologies. Dans le cas Bosch, au-delà de son attractivité et des prouesses techniques auxquelles elle mène, l’industrie 4.0 semble répondre à un réel besoin en compétitivité.

 

Des attentes néanmoins à nuancer

Mis à part certains cas isolés tels que Bosch, d’un point de vue macro-économique,  la courbe de productivité des entreprises a une tendance à la baisse depuis 1970 (Source). Et aucun des multiples tournants technologiques récents – invention de l’ordinateur, du téléphone, d’internet…– n’a aidé à ralentir cette chute. Par conséquent rien ne garantit que l’industrie 4.0 (IoT, robotique avancée, automatisation) révolutionne la productivité, bien que l’on espère que ce nouvel élan technologique marque l’industrie. D’après Vincent Charlet : “l’industrie 4.0 représente aujourd’hui une palette de technologies dont on ne peut pas prévoir les gains et les effets réels”.

 

Par ailleurs, les technologies du futur délivrent leurs promesses lorsque le reste de l’entreprise –  confiance, engagement et autonomie des équipes, maîtrise du lean manufacturing – fonctionne déjà bien. De plus, il faut d’abord définir son besoin : pourquoi a-t-on besoin de connecter ses objets ?

 

Aussi, Pascal Laurin affirme que le succès de l’industrie 4.0 chez Bosch n’aurait pas été possible sans une maîtrise préalable du lean manufacturing et une forte implication des équipes métiers à travers des projets intrapreneuriaux. Bosch s’est efforcé de penser l’Homme au centre de la transformation digitale, afin qu’il en soit un acteur et non un frein. L’objectif n’est pas de remplacer l’humain par des robots dans les usines, mais de lui proposer des services augmentant sa productivité.

 

| “On est très pragmatiques : le 4.0 n’est pas un Techno Push ; il faut que ce soit d’abord au service de l’excellence opérationnelle.”

 

Ainsi, l’industrie 4.0 ne peut porter ses fruits que lorsqu’elle est considérée comme un moyen supplémentaire venant se greffer sur des fondations déjà solides, et non une fin.

 

A retenir

Comme le montre l’exemple de Bosch, l’industrie 4.0 peut être un levier particulièrement efficace au service de la compétitivité et de la productivité des usines françaises. Néanmoins, cela ne peut fonctionner que si l’entreprise a d’abord précisément défini les besoins qu’elle souhaite adresser par le biais de l’industrie 4.0. De plus, le succès de l’industrie 4.0 ne peut être assuré que si les premiers jalons – confiance, engagement et autonomie des équipes, maîtrise du lean manufacturing – ont déjà été posés au sein de  l’entreprise.

 

Enfin, l’industrie 4.0 ne vient pas remplacer l’humain ; elle constitue un service complémentaire aux métiers. C’est dans cette optique qu’elle pourrait permettre de contrer la baisse de productivité que connaît l’industrie depuis les années 70. Il est donc nécessaire de penser l’Homme au centre de la transformation digitale.

 

 

 

 

L’Institut de la réindustrialisation est une association fondée en janvier 2015, qui vise à la sensibilisation autour des questions liées aux transformations vers l’industrie du futur. Le colloque du 11 décembre présentait des retours d’expériences et des discussions autour de l’intégration et les applications de l’industrie de futur dans l’industrie.

 

 

 

 

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